Commençons par la conclusion : ces trois garçons souriants sont super. Vraiment super. Lysistrata, ces trois amis de vingt ans de moyenne d’âge, Théo Guéneau (guitare/chant), Max Roy (basse/chant), Ben Amos Cooper (batterie/chant), qui renversent tout sur leur passage depuis quelques mois.

En premier lieu les étiquettes et rayons stylistiques. Leur musique, en constante évolution depuis leurs débuts en 2013, navigue à plus ou moins égale distance entre noise, post-hardcore, math rock, et post-rock (« post un peu tout » indique leur profil Twitter). Vous lirez ici et là de très flatteuses comparaisons avec certaines références des genres susnommés, comme At the Drive-In, Refused, Battles, Foals, Explosions in the Sky, ou encore Sonic Youth. C’est souvent vrai mais pas l’essentiel, l’influence majeure du groupe semblant être de très loin son envie de l’instant et de l’endroit, guidée par une spontanéité totale et cette manie insolente de toujours vouloir en découdre.

Sur scène notamment, où Lysistrata s’est déjà forgé une énorme réputation, enchaînant de longues tournées à travers l’Europe, jalonnées d’événements marquants. Comme par exemple Les Trans Musicales de Rennes 2016, dont le groupe sera une des sensations sûres. Aussi le Printemps de Bourges où Ben, Max et Théo se voient remettre le Prix du Jury des Inouïs 2017. Des performances live impressionnantes et non consensuelles, qui allient une énergie jouissive à une technique musicale assez hors du commun pour ce jeune âge, et qui permettent à Lysistrata de remporter en début d’année le Prix Ricard S.A Live Music 2017, au milieu d’une foule de prétendants (1186, précisément !). L’accompagnement artistique en résultant donne vie à Pale Blue Skin (mai 2017), EP enregistré par un membre de Stuck in the Sound et composé de quatre titres rock sauvages et modernes, qui ont en prime été mis en images de fort belle manière.

Voilà maintenant le moment très attendu du premier album. Pour déterminer qui le réalisera, les trois Saintais ne cèdent pas aux sirènes du name dropping et à la facilité d’opter pour un technicien aux références ronflantes, mais se tournent intelligemment vers celui qui les connait le mieux : leur ingénieur du son concert, le très expérimenté Michel Toledo, lequel accompagne le groupe depuis le début et sait mieux que quiconque le faire sonner. Ensemble, ils passent le début du mois de juin 2017 dans l’excellent studio Black Box (Angers) pour mettre en boite les chansons qui composeront The Thread. Ce sera d’ailleurs avec une facilité assez incroyable que l’enregistrement sera effectué, en prise live, sur bande, pour restituer le mieux possible ce qui fait toute la force de Lysistrata : sa fraîcheur, sa sincérité et sa spontanéité. Pas de place ici pour les multiples retouches et/ou tricheries de post-production : Ben, Théo et Max sont très au-dessus du lot et ce premier album, complètement réussi, le montre bien.

Certaines bonnes âmes parlent de Lysistrata comme de la « révélation rock » en France, en 2017. Sûrement, peut-être, chacun ses goûts. En tout cas, ouvrons dès à présent le dictionnaire des synonymes pour 2018, 2019 (…), car le feu n’est pas près de s’éteindre.